mercredi 13 octobre 2010

Chili. 600 mètres sous terre pendant 68 jours.

Cette nuit, j'ai regardé la sortie des premiers hommes pris depuis plus de deux mois au fond de la mine SanJosé au Chili.

Je me rappelle l'effet d'oppression et d'angoisse que j'ai ressenti cet été lorsque notre visite de la grotte de Betharram nous a mené à 800 mètres sous le sommet d'une montagne. Par contre, nous étions en situation très sécuritaire et notre visite n'a duré qu'une heure environ. Eux sont sous terre, dans une mine peu sécuritaire, depuis 68 jours. Ce sont des survivants et il faut noter le travail impressionnant du surveillant qui a maintenu la cohésion du groupe.

J'ai regardé cette dizaine de personnes, habillés en costume orange avec un casque gris. Ils regardent tous dans un trou rond creusé dans le sol, un trou d'un peu plus de 60 cm de diamètre; de ce trou sort un gros câble mu par une grande roue tout au-dessus de la structure métallique.

Un humain va sortir de là ...

La nacelle de 53 cm de diamètre est partie du fond de la mine depuis une quinzaine de minutes. C'est plus long que prévu; on a demandé au mineur qui remonte, Florencio Avalos, de vérifier certaines parties du tunnel.

Son fils n'en peut plus; il est tout à côté du président du Chili, Sebastian Pinera, et de sa mère; mais il trépigne et gigote beaucoup. Il a sept ans. Puis, on voit le bout de la nacelle sortir du trou et le fils éclate en sanglot.

On empêche le fils de courir vers son père toujours attaché dans la nacelle. On aide le mineur à se détacher puis à sortir; de longues secondes plus tard, le père et le fils sont enfin réunis pour quelques minutes avant que la procédure prenne le dessus et que l'on embarque le mineur sur une civière.

Il passera environ deux heures dans un hôpital de campagne pour une série de tests, en présence de deux membres de la famille seulement; puis il passera 48 heures en hôpital avant de pouvoir retourner à une vie un peu plus normale.

Puis c'est au tour du deuxième mineur de remonter, puis du troisième. Je suis impressionnée par l'aspect professionnel de l'opération qui durera près de 40 heures. En effet, cela prend à peu près une heure par chaque sortie; l'opération se fait lentement et en quatre phases. En premier, il faut vérifier la nacelle, y introduire du matériel (bonbonnes d'air, vêtements, nourriture) et il faut sécuriser la porte de la nacelle; cette étape prend à peu près 10 minutes. Puis la nacelle prend une quinzaine de minutes pour descendre les 622 mètres. Ensuite, il faut installer un mineur dans la nacelle avec le matériel (chapeau de mineur, masque à oxygène, lunettes soleil, etc) et sécuriser la nacelle pour la remontée; cette étape prend environ une dizaine de minutes parfois plus selon l'état psychologique du mineur. Puis, quatrième et dernière étape, la nacelle remonte.

il faudra au total remonter 33 mineurs et 3 secourismes. Au cours de chaque remontée, on retient un peu son souffle; tout va bien mais l'opération demeure périlleuse pour les mineurs en dépit de toutes les mesures de sécurité prises.

Il y a une impressionnante couverture médiatique; le président a décidé d'accomplir l'opération de secours devant les caméras du monde entier. Il faut vraiment être sûr de son coup!

Je crois que les Chiliens ont raison d'être fiers.

Saviez-vous que le gouvernement Chilien a confisqué tous les biens et avoirs de la compagnie minière responsable ? Cet argent a servi d'aide aux familles touchées et pour payer les opérations de secours. Ça c'est de l'action!

Je me demande aussi ce qui arrivera à ces mineurs après cette aventure toute en adrénaline; leur vie ne sera plus jamais la même. On ne peut pas vivre aussi intensément, au bord de la mort mais croyant à la vie, pendant deux mois et s'attendre à poursuivre sa vie là où on l'a laissée avant de descendre travailler dans la mine. Comment vivront-ils cette gloire associée à leur situation de survivant? Chacun à leur façon j'en suis sûre.

Seule l'avenir le saura; parce qu'ils en ont un avenir...


- Publié par BlogPress sur mon iPhone

1 commentaire:

  1. C'est hallucinant cette histoire. Et extraordinaire. Remarque que ça n'aurait jamais dû se produire.

    RépondreSupprimer