mercredi 14 mars 2012

Ecuador 2012 - Chilcapamba - Des pelles et des pioches

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20 février 2012

Il y a des apprentissages qui sont plus difficiles que d'autres.


Cela faisait deux jours que les jeunes travaillaient au pic et à la pioche. C'était un travail difficile et ils étaient fatigués.  Mais ce matin, Thierry les a chicané à sa façon. Le but était de les faire apprendre. Mais je regardais les jeunes avoir la tête basse et écouter Thierry avec un visage triste, sans sourire.

Nous avions commencé les travaux avec un vingtaine d'outils; des pelles, des pics et des houes. Même si hier, Alfonso avait pris la peine de mettre ses initiales en marqueur noir sur les outils, ce matin  il en restait à peine dix.  C'est pas facile à perdre une pioche, une pelle ou une houe.




 Mais où étaient donc passés ces outils manquants ?

 Dans un premier temps, en bon nord-américain, aucun des membres du groupe n'a pris charge des outils. Alors, personne n'a pris la responsabilité de rapporter les outils à la casa de Alphonso. Ceux qui l'ont fait, ont rapporté tout simplement l'outil qu'ils avaient dans les mains au moment du retour. 

Je dois dire que ce comportement aurait été le même chez un groupe d'adulte. Si on assigne pas le travail ou un objet à quelqu'un, personne n'en prend charge ... ce n'est juste pas notre affaire. J'ai vu tellement ça souvent dans le milieu de travail que je ne devrais même pas être surprise de voir ce comportement chez les jeunes.

Habitués à un comportement plus collectif, ni Thierry ni Alfonso n'ont pensé à 'assigner' spécifiquement chaque outil à une personne. 

Puis, au cours de la deuxième journée, plusieurs équatoriens ont demandé aux québécois de leur prêter leurs outils. Les québécois ont accepté de bon coeur sans comprendre qu'ils ne reverraient plus ces outils. Hum! Est-ce du vol? Non bien sûr; c'est un principe de vie en communauté où tout appartient à tous. Alfonso reverra peut-être un jour ces outils, ou d'autres outils similaires, dans sa cour.  Mais il était déçu et les jeunes le réalisaient. 

Je dois dire que les propos de Thierry m'ont d'abord inquiétée. J'ai assez d'expérience du milieu du travail pour savoir quelle réaction de tels propos auraient engendré d'un groupe d'adulte. J'aurais eu des commentaires du genre "de quoi tu parles?", "c'est le problème d'Alfonso", "c'est pas mon problème", "t'es ben bête de parler comme cela" et surtout " c'est pas ma faute".  

Puis j'ai regardé les jeunes et je les ai laissé m'impressionner. Tous écoutaient attentivement Thierry. S'il y a eu discussion c'était pour expliquer leur malaise à refuser de remettre un outil à des équatoriens; ce qui a permis à Thierry de donner d'autres explications qui leur ont été utiles au cours de cette journée de travail. Je voyais des jeunes à l'esprit ouvert et qui avaient encore la capacité d'intégrer des informations et d'ajuster leur comportement à la situation nouvelle. 

J'étais tellement fière d'eux. Je les trouvais tellement beaux.

Ils ont appris de l'incident et, toute la journée, ils ont bien pris soin des outils; ils se sont assurés de les rapporter tous à la casa. J'étais fière d'eux.

Quelques heures plus tard, Lauriane est venue frapper à notre porte. Au nom du groupe, elle apportait quelques dollars collectés dans le groupe pour remplacer les outils perdus. Ils étaient généreux ces jeunes. 

Quelques minutes plus tard, encore au nom des autres, l'étudiante revenait demander à Carlos le prix d'une pelle. Elle est retournée voir les autres pour leur donner la réponse. 

Quelques minutes plus tard, elle est revenue avec suffisamment d'argent pour acheter au moins cinq pelles. 

Je sais que les étudiants n'auront plus cet argent pour se rapporter des souvenirs de leur voyage, ou des gâteries. C'était donc une grande générosité de leur part.  Ils avaient collectivement fait un sacrifice pour remettre à Chilcapamba ce qu'ils avaient égarés par mégarde. Mais cet apprentissage n'est-il pas le plus beau cadeau, le plus beau souvenir qu'ils pouvaient recevoir de leur voyage?  Et leur générosité n'était-il pas le plus beau cadeau qu'ils pouvaient faire à la communidad? 

Après le souper, c'est Moïse qui a traduit les paroles de Lauriane qui parlait au nom du groupe, expliquant pourquoi ils remettaient cet argent à Chilcapamba. Alfonso était très ému. Comme les Quechuas n'ont aucune réserve à montrer leurs émotions, il avait les yeux brillants de larmes. Il a même eu de la difficulté à remercier le groupe. 

Quant à moi, j'étais très fière de nos jeunes qui, légalement mineurs, agissaient de coeur et d'esprit en démontrant une maturité que beaucoup d'adultes n'atteindront jamais. 


Plume

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