jeudi 6 décembre 2012

Voyage 2003 - Le mine de charbon de Glace Bay

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Les maritimes et les îles de la madeleine
Mercredi le 6 août 2003 - La mine de charbon de Glace Bay

À notre réveil, il était évident que la journée serait encore marquée d’une pluie qui tomberait sans arrêt. La météo annonçait, pour le Cap-Breton, 40 à 50 millimètres d’eau au cours des deux jours suivants. Le ciel semblait avoir l’intention de nous donner les deux tiers de cette eau au cours de cette journée du 6 août. 

 Plus tard, nous avons appris que la Beauce et les Bois Francs avaient reçu pendant la même période, 150 millimètres d’eau. Et de dire que nous trouvions que la tombée de 50 millimètres d’eau était terrible! 

Devant l'eau qui tombait du ciel, nous avons décidé d’inverser les visites prévues. Plutôt que de visiter la Forteresse de Louisbourg ce jour-là, une visite en plein air, nous avons plutôt visité un musée des mines de charbon à Glace Bay. Elles ne sont plus en opération, mais il est possible de participer à une visite des lieux commentée par des anciens mineurs eux-mêmes. 

C'est ainsi que nous nous sommes dirigés vers Glace Bay. Avec difficulté et beaucoup d'aide, nous sommes arrivés au musée des mineurs vers 11 h. (Souvenez-vous que l'aventure se passe en 2003 et que le GPS  faisait partie de notre futur.)  Il pleuvait beaucoup et nous n'étions pas les seuls à avoir choisi de passer quelques heures sous terre plutôt que quelques heures dehors au vent froid et mouillé. Bref, il y avait beaucoup de monde et nous avons dû attendre jusqu'à 13 h 30 pour notre visite guidée. En fait, on a pris ce temps pour visiter le petit centre d’interprétation et manger un peu avant de descendre sous terre.  

Les photos que vous trouverez sur ce blogue proviennent du Musée des mineurs. Ces photos en noir et blanc démontrent mieux l'atmosphère des années 50 (grosso-modo)

Puis, à 13 h 30, c’était le début de la visite guidée. Il a fallu d’abord mettre une longue cape pour protéger nos habits de la saleté présente dans les galeries. Puis, pour une question de sécurité autant que pour nous mettre dans la situation, nous avons mis sur nos têtes un casque de travailleur en plastique. 


Notre guide Sheldon a d'abord expliqué les conditions des travailleurs dans les années 1930. Ils travaillaient 11 heures par jour, continuellement en position penchée, car les voûtes des galeries mesuraient au maximum cinq pieds deux pouces de haut et pouvaient être aussi basses que 4 pieds et six pouces. Nous y avons marché pendant seulement 30 minutes et nous étions tous très éreintés de notre simple visite qui ne demandait pas de travailler au pic et à la pioche. 

Les mineurs du temps accomplissaient ces tâches 11 heures par jour, six jours par semaine. Cette visite nous a fait réaliser les conditions des travailleurs à cette époque où les lampes de front à batterie n’étaient pas encore inventées et que les casques de plastique rigide n’étaient pas non plus à la mode. En fait, ils portaient une casquette de tissus auquel ils accrochaient une lampe avec une lumière au gaz. C'était vraiment risqué.


Quand nous avons visité la mine, la circulation de l’air forcée rendait le milieu très froid et humide; le thermomètre était à 12 °C. À l’époque, en 1938 par exemple, la température touchait quotidiennement 80 ou 90 °F (26 -32 C).

Ce qu’il fallait comprendre également, c’est que l’activité de creuser dans la pierre, pour mettre le charbon à l’air libre, provoquait une réaction chimique qui libérait du méthane. Pensez-y . Ce ne devait pas être très joli si un mineur allumait sa  lampe de front au gaz sans vérifier la teneur en méthane dans la galerie. D’ailleurs ils avaient trouvé des systèmes de cages à oiseau qui leur permettaient de bien voir si le méthane était présent dans les galeries pour éviter explosion ou l'asphyxions des mineurs. Les oiseaux sont plus susceptibles que les humains au méthane et leur réaction rapide alertait les mineurs des dangers. Le défi pour les humains était de sortir les oiseaux de la mine à temps pour les sauver. Par la vigilance des miniers, il était très rare que les oiseaux meurent d’exposition au méthane, mais, il arrivait régulièrement que ces oiseaux sauvent la vie des humains. 

Normalement, les galeries étaient construites avec des tunnels profonds et des barrières de bois qui contrôlaient l’alimentation en air. Ceci permettait non seulement aux mineurs de pouvoir respirer mais également au méthane d’être dilué dans l’air et de s'évacuer. Mais il arrivait parfois des accidents. Une porte ouverte trop longtemps, le méthane en quantité trop grande et c’était l’explosion. Généralement, les portes de circulation d’air étaient surveillées par de jeunes garçons de 9 ou 10 ans. Imaginez la grande responsabilité qu'on plaçait sur de si jeunes épaules.  

Les enfants travaillaient régulièrement dans la mine à partir de 9 ou 10 ans. En plus de surveiller les portes de circulation de l’air, ils avaient des travaux plus légers comme celui de s’occuper des chevaux qui passaient leur vie dans la mine. Ces bêtes servaient à tirer les traîneaux remplis de morceaux de charbon vers un convoyeur ou le puits de sortie.  

Parfois ces jeunes mineurs devaient travailler à arracher le charbon sur le bas des parois, là où les adultes ne pouvaient se rendre facilement. Ainsi ils se couchaient par terre et travaillaient dans la paroi à la truelle et à la pioche. Ces enfants n’allaient plus à l’école après l’âge de 10 ans et ils travaillaient dans cette mine pendant plus de 50 ans, s’ils ne mouraient pas d’une maladie des poumons ou dans accident avant d'avoir 35 ans. 

Les mineurs, jeunes et vieux, devaient rapporter à la surface un « quota quotidien » minimum de charbon pour recevoir le moindre paiement de salaire. S’ils rencontraient le quota qui bien sûr était moindre pour les enfants, ils étaient payés environ 60 cents la tonne. Avez-vous déjà vu une tonne de minerai ? C'est très gros. Ça prenait du temps. Le salaire n'était pas très gros. Les risques étaient énormes et les assurances inexistantes.  





Les mineurs et leurs familles demeuraient dans les maisons de la compagnie qu’ils louaient à prix modique à condition qu’au moins une personne de la famille travaille dans la mine. Si le père mourait dans un accident, il fallait qu’un des garçons travaille à la mine pour que la famille puisse rester dans la maison. Sinon, ils étaient jetés à la rue. 

Afin que la famille puisse joindre les deux bouts du budget, il était fréquent que la mère prenne les payes de tous les hommes et enfants de la famille qui travaillaient dans la mine pour en faire un budget commun. Notre guide nous a expliqué qu’il n’a pas touché un chèque de paye avant son mariage alors qu’il avait 28 ans. Il a commencé à travailler dans la mine à l’âge de 10 ans. 

Les conditions des mineurs, particulièrement les heures de travail et les salaires, se sont détériorées dans les années 40 alors que la compagnie a changé de propriétaire. Les salaires furent coupés ($ /tonne) et les quotas furent augmentés. Le gouvernement s’en mêlait pour aider l’entreprise, car les redevances de la mine au gouvernement étaient importantes, mais ce n’a pas été suffisant. Il a fallu que le syndicat s’organise et que les travailleurs fassent la grève, des manifestations et des démonstrations de force contre la compagnie propriétaire avant que les conditions redeviennent un peu plus acceptables. 

La mine a été opérée au cours des dernières années par le gouvernement de la Nouvelle-Écosse et ce, jusqu’en 2001 où elle est devenue trop difficile et trop coûteuse à opérer. À sa belle époque, la mine employait 20,000 personnes. Dans les années 60, il y eut une mise à pied importante parce que le charbon était moins en demande. Plusieurs de ces travailleurs ont été recyclés dans les métiers de menuisier, forgeron et maçon et ont été employés pour reconstruire Louisbourg. À sa fermeture, 480 travailleurs de la mine ont été mis à pied. 

Ce fut une visite fort intéressante. 

Terminé le 17 août 2003
Revu le 22 septembre 2012


Plume / Suzie Pelletier

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