mardi 27 mai 2014

Gaspésie - Enfin ! Le mont Albert

Gaspésie - 11 août 2000

L’ascension d’une montagne a toujours su sortir le meilleur de moi-même. Comme si l’exercice ramenait de l’énergie dans mon corps et que l’arrivée au sommet m’aidait à trouver ma place dans l’univers. C’est magique. Quand j’ai revu ce récit que je viens de déposer sur ma page Wattpad.com, j’ai retrouvé en quelques lignes toutes les émotions ressenties au cours de cette magnifique journée remplie de soleil et de bonheur. On peut lire le texte complet à l’adresse web suivante : 

Enfin ! Le mont Albert ! 


Afin de vous donner un avant-goût de ce récit, je vous laisse avec quelques extraits. 

D’abord, l’arrivée face à au mont Albert :

Tout visiteur du parc de la Gaspésie ne peut faire autrement que remarquer cette magnifique montagne face au Gîte. Imposante, elle attire l’œil. Brutale, elle jette l’appréhension dans le cœur des gens qui veulent la grimper. Vive, elle accueille les montagnards du monde entier. 

La portion de l’expédition qui flotte dans la vallée : 

Les premiers kilomètres de la randonnée se font le long de la vallée de la rivière Ste-Anne. Il fait beau et j’apprécie toute la féérie que me présente la nature. Autour de nous, la rosée disparaît tranquillement au chant des oiseaux que l’on devine à peine dans les arbres. Une odeur de terre détrempée et de feuillage mouillé accompagne l’arôme des fleurs de cette fin d’été. 

Puis il y a la grimpée sur la face nord : 

[...] j’aperçois, dans la vallée de la rivière Sainte-Anne, le Gîte du mont Albert dans toute sa blancheur; les conifères autour de nous me procurent une sorte de cadre d’un vert éclatant qui rehausse la qualité de l’image que je tente de gober. Les arbres sont tout de même plus petits, fournis et plus denses qu’en bas de la montagne; comme si leur aspect, même si on ne parle pas encore d’une végétation rabougrie, les aide de mieux s’accrocher à ce flanc de colline continuellement exposé au vent. [...]

Bien sûr, l’arrivée au sommet ne me laisse jamais indifférente : 

Je suis envahie par la sensation d’être infiniment petite devant l’immensité de la planète dont je vois la courbe se dessiner sur le firmament à l’horizon. Ma vie me semble si éphémère face à ce temps presque éternel qui a fait trembler cette terre depuis le big bang. Je savoure ce moment d’humilité, me rappelant qu’il faut vivre pleinement chaque minute que l’univers nous donne pour y prendre la place qui nous revient. Comme aujourd’hui. Sur le toit du monde. Là où j’avais gagné le droit d’être. 

Ce récit me touche profondément, pour des raisons toutes spéciales. Je me souviens encore de cette rencontre, en 1996, avec mon médecin; il s’apprêtait à signer ma demande pour acquérir un accès pour les stationnements réservés aux personnes handicapées. Je vivais depuis 22 ans avec les conséquences d’un accident au genou subi à l’âge de 20 ans. J’étais épuisée et déçue, mais ce bout papier allait m’aider à obtenir une vie ordinaire quasi normale. L’homme a déposé son crayon un instant puis il m’a regardé droit dans les yeux. 

— Est-ce vraiment ce que vous voulez ? Si vous aviez le choix, que feriez-vous ? 

Sans même attendre que la boule douloureuse quitte ma gorge, j’ai serré les dents pour lui répondre vigoureusement. 

— Si je pouvais, je marcherais. Partout. Je grimperais des montagnes. Je visiterais les forêts. 

La conversation qui a suivie nous a permis de composer un plan d’ensemble qui, au cours des années suivantes, a été rempli d’un travail incessant en salle d’entrainement et en physiothérapie; des orthèses ont été dessinées, des chaussures bien choisies, des outils bien ajustés. Dès le début, sans vraiment y croire, le rêve s’est installé au fond de mon cerveau; celui de gravir le mont Albert, cette magnifique montagne que j’apercevais en passant dans le parc de la Gaspésie. Chaque fois que la pente de mon rétablissement devenait trop difficile, ou qu’il me fallait ralentir le rythme de ma progression, je revoyais cette cime immense dont la tête est régulièrement dans les nuages. Deux mots me tenaient sur la voix de ma guérison : « Un jour... » Lentement, j’ai réappris à marcher, puis à me promener en forêt. Le nombre de kilomètres a augmenté. L’amplitude des grimpées s’est accentuée.  

En 2000, ce fut la gloire. Le rêve a pris racine dans le concret. Je l’ai fait. J’y suis arrivée. J’étais si fière. Cette conversation avec mon médecin a eu lieu il y a 18 ans. Personne n’a eu besoin de signer la requête pour ce droit d’accès. Je n’ai plus jamais songé à en faire la demande.

Ainsi, ce récit raconte beaucoup plus qu’une grimpée au cœur des montagnes gaspésiennes; c’est l’histoire de ce qu’on peut obtenir quand on est déterminé et prêt à travailler fort. J’en suis très fière. Ce matin, j’ai même émis le souhait d’y retourner bientôt. C’est possible et je le sais. 

« Un jour. C'est certain... » 

Bonne lecture ! 



Plume/Suzie Pelletier
Merci d’encourager l’édition indépendante




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