mardi 17 février 2015

Cuba 11 — L’Artisanat à La Havane



Le communisme socialiste qui s’est implanté au lendemain de la Révolution a déclenché la nationalisation des industries et des commerces, des bâtiments et des infrastructures. Si tous les Cubains avaient droit à l’éducation, aux soins de santé et aux logements, aucun ne pouvait posséder son commerce. Tous travaillaient pour le gouvernement, même les artistes... quand ils n’étaient pas en prison...


Or, depuis une dizaine d’années, l’économie de Cuba se libéralise. Dans les rues de La Havane, on voit poindre des boutiques qui appartiennent à des particuliers plutôt qu’à l’état. Un Cubain peut maintenant ouvrir son échoppe sur la Prado pour vendre ses propres produits : des toiles, de la lingerie, des statuettes, de la céramique, des bijoux et, bien sûr, tout ce que l’on peut imaginer à l’effigie de Che Guevara, le héros national

Les artistes s’installent avec leur grosse radio ou leur guitare et vous attirent avec de la musique cubaine, américaine ou africaine.



Si vous cherchez à acquérir une pièce d’artisanat de base, vous pouvez faire de bonnes trouvailles. Par contre, la visite de plusieurs boutiques ou de kiosques sur la rue vous fera comprendre que l’originalité n’est pas au rendez-vous. Tous les bijoux fabriqués à la main se ressemblent. Les statuettes de bois ou en céramique sont des clones d’un même modèle, que vous l’achetiez dans la vieille Havane, dans le quartier moderne... ou à Varadero... De toute évidence, on s’attend à ce que tous les touristes aient des goûts identiques...

Ma plus grande déception fut de ne pas pouvoir discuter avec les artistes. On ne veut pas vous expliquer le procédé. On veut vous vendre, point. La nécessité de survivre met plus de poids sur le prochain peso que sur la fierté de son métier. 


Un jour, nous avons marché le kilomètre qui nous séparait de la Calle de Mercaderes et un immense hangar que les Havanais appellent la Feria San José. 


Je cherchais des objets originaux, différents. Si j’ai été fort déçue de ne pas en trouver, j’ai été encore plus étonnée d’observer le comportement des artisans. 

D’abord, on comprend vite qu’il faut déambuler dans les allées avec les bras bien allongés le long du corps pour éviter qu’on vous place des objets dans les bras.  Il faut regarder l’ensemble des marchandises offertes avec cet air des gens qui jouent souvent au poker. Rien ne doit transparaître de notre intérêt, si petit soit-il, pour une chose qui vous captive... sinon...

Sinon, c'est la débandade...


Les artistes assis en bordure de leur échoppe ne semblent même pas vous voir. Ils lisent ou ils discutent entre eux dans cet espagnol cubain difficile à saisir. Cependant, ne faites aucun faux pas qui pourrait laisser croire que vous voulez vous arrêter dans une boutique. Ne pointez pas un objet du doigt non plus. Non seulement le responsable du kiosque deviendra fort animé, mais le geste attirera également sa compétition... le ton monte rapidement et le débit des conversations s’accélère. Seule l’arrivée d’un policier alerté par l’enthousiasme un peu trop soudain vous permettra de vous éloigner de cette allée en catimini... pour ne plus y revenir...  

Gare à vous si vous êtes tentés par des produits du tabac ou de l’alcool n’importe où, croyant rencontrer un artisan fort compétent. Les Cubains sont très inventifs et fort habiles à copier les meilleurs avec des produits médiocres. 

N’essayez même pas de déterminer, sur votre propre inspection, si le liquide doré d’une bouteille est véritablement du rhum ou si ce magnifique cigare odorant que vous vous apprêtez à vous procurer est vraiment fabriqué avec des feuilles de tabac. Il vaut mieux acheter ces produits dans les magasins du gouvernement. 

Quand je voyage, je trouve toujours le moyen d’encourager les artisans locaux. Je cherche les foires, je marche dans les rues non listées dans les livres et je discute avec les gens de la place. Pour moi, c’est important. D’abord, j’aide ces petits commerces à survivre à côté des gros. Puis, je rapporte aux miens des articles spéciaux qui marquent le cœur. C’est la première fois que je reviens sans ce sentiment d’avoir rapporté une partie de l’essence du peuple dans mes bagages. 

Je devrai me contenter de mes notes et de mes photos, même si elles sont plus tristes que d’habitude... Mes souvenirs seront dans mes mots, ceux de mes billets sur mon blogue.



Suzie Pelletier 

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