jeudi 19 février 2015

Cuba 12 — Une balade sur la Prado




Imaginez ! Un parc tout en longueur, sur plusieurs kilomètres, en plein centre-ville... C’est ça la Prado. Elle traverse la ville entre les vieux quartiers et le Centre de La Havane. La Prado possède un autre nom qui a une consonance historique : La Paséo de Marti. 

Qui est José Marti ?

Un révolutionnaire, bien sûr ! Mais encore ? 

Il a vécu de 1853 à 1895, en plein cœur de la révolution contre les Espagnols. On le décrit comme un philosophe, un penseur, un journaliste et un poète. Cet homme politicien, fondateur du Parti Révolutionnaire Cubain, est aussi un héros national considéré comme un martyr de la lutte pour l’indépendance. Dès son arrivée au pouvoir, Fidel Castro déclare que les valeurs auxquelles il adhère sont celles de personnage plus grand que nature. Fidel  identifie d’ailleurs José Marti comme un communiste.  

Il n’est donc pas étonnant que l’une des avenues les plus importantes de La Havane porte son nom. 

La Prado, comme on nous la présente dans les guides touristiques, ressemble à plusieurs rues piétonnières que l’on retrouve en Espagne, comme à Pampelune, Barcelone et Marbella. Dans ma tête, le terme « Prado » fait donc image de grands espaces et de longues balades au bras de mon chum. Celle de La Havane me convient très bien. La partie centrale est pour les humains. Dallée et bordée d’arbres, elle possède de nombreux bancs où l’on peut s’asseoir et respirer l’air du large qui nous provient directement de l’Atlantique. Notez que, cette avenue immense qui coupe La Havane en deux, il faut s’attendre à ce que les effluves d’essence, de cigare et de rhum accompagnent aussi nos pas. 

De chaque côté, des rues étroites permettent aux automobiles, aux calèches et aux taxis en tous genres de circuler entre l’est et l’ouest de la cité. On traverse la Prado pour passer de la vieille ville vers le reste de La Havane. 

Toute la journée, les gens de la place autant que les touristes s’y baladent lentement, parfois avec des pas pressés, mais toujours avec une nonchalance qu’impose le climat humide et chaud. Des artistes locaux s’installent avec des toiles, des sculptures, des babioles, des tricots, des colliers, etc. On vous distribue des feuillets qui présentent un restaurant quelconque, l’un des nombreux musées de la ville ou, tout simplement, une excursion en taxi dans les quartiers de La Havane. 



Plusieurs étals vous proposent du rhum et du tabac, mais leurs propriétaires demeurent très alertes et à la moindre apparition de l’autorité, ils déguerpissent à toutes allures... 

Lors de notre séjour, nous avons emprunté la Prado tous les jours. Le soir, il était agréable de se promener, le temps de se rafraichir dans l’air un peu moins chaud ou d’examiner tout bonnement les produits artistiques. Également, adeptes de la marche, nous l’avons traversé de nombreuses fois afin de passer d’un bord à l’autre de la cité. 

Longeant la Prado, les devantures d’édifice nous laissent perplexes. Ici, un magnifique hôtel qui respire la richesse. Un peu plus loin, un musée fort élégant nous présente son design colonial. À côté, quelques immeubles transformés en logements nous attirent. Tout ça nous indique une ville qui bouge, qui reçoit les visiteurs et qui respecte son histoire. 

Par contre, il y a, inséré ici et là, des bâtiments en désuétude. Parfois, le premier étage est coloré de peinture nouvelle, le deuxième montre de la rouille... et il ne reste qu’une partie du plafond et quelques marches dans le troisième... Un escalier ? Il y avait donc un quatrième palier ! Peut-être... 

Ce constat nous aide à réaliser, une fois encore, que la vie est difficile pour les Cubains. Si certains guides tentent de nous faire accroire que l’humidité persistante est la raison principale de l’état des bâtiments, nous interprétons différemment ce que nous voyons. Parce que le même principe est appliqué partout dans le monde. Chez nous aussi. Quand il y a peu d’argent pour la famille, on investit d’abord dans la survie. S’il reste des sous, ou plutôt quelques pesos cubains dans ce cas-ci, on dépense pour les rénovations.  

Quand je ferme les yeux et que je me représente la Paséo de Marti, l’odeur pénétrante de cigare s’infiltre aussitôt dans mon nez. Une brise chaude et humide joue dans mes cheveux. Le bruit incessant des vieilles voitures se mêle aux cognements des sabots des chevaux sur le pavé et aux « honk honk » des coco taxis. « Je suis à CUBA ! » Je remarque surtout des gens sympathiques à la peau aux couleurs du sud. Certains sont habillés à la coloniale et nous incitent à prendre une photo... pour un peso convertible. 

Si les Cubains harcèlent les touristes, c’est pour survivre. Un peso convertible (pour les étrangers) vaut 25 pesos cubains... de quoi faire manger une famille pour quelques jours...



Suzie Pelletier 

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