jeudi 9 avril 2015

Paris 2015 - (2) Voyager un vendredi 13


Assise dans la salle d’attente A60 de l’aéroport de Montréal, je constate qu’il est 18 h. Encore 35 minutes avant le début de l’embarquement. 
Je replonge mon cerveau dans un livre.





J’ai à peine lu quelques paragraphes que je relève la tête sur une demande plutôt narquoise de mon conjoint.
— Suzie, quelle idée as-tu eue pour voyager un vendredi 13 !  Prendre l’avion à part ça !
Sur le coup, j’éclate de rire. Sa question me rappelle cette superstition qui recule dans le temps jusqu’au 13 octobre 1307, jour de l’arrestation des Templiers dans toute la France sous les ordres de Philippe IV. Le roi de France avait besoin d’argent, car ses coffres étaient vides… Selon la légende, la réponse de Jacques de Molay, le commandant des Templiers, fut de maudire le roi de France et réduire sa descendance à la génération suivante uniquement. La superstition s’est enflammée au fur et à mesure que la prophétie de Molay s’est concrétisée. La mort de Philippe IV arrive quelques mois plus tard. Puis, dans les 14 années qui suivirent, tous ses fils (Louis, Philippe et Charles) ainsi qu’un petit-fils (Jean) furent rois sans laisser de descendance, mettant fin au règne Capet. Finalement, le trône fut assumé par le frère cadet du roi maudit qui deviendra Philippe VI, le premier de la lignée des Valois. J’en profite pour répondre de façon narquoise. 
— Voyons, répondis-je en souriant, ma naissance un vendredi 13 m’immunise complètement contre ce genre de superstition !
Sachant qu’on nous servirait un repas dès que les consignes de ceintures s’éteindraient, j’avais choisi de ne pas manger à l’aéroport. L’embarquement commence 40 minutes plus tard que prévu. Bref, il était plus de 20 h et j’avais faim. Pour comble, tous les sièges de l’énorme avion étaient pris… l’embarquement traînait en longueur et mon estomac hurlait.
Finalement, nous sommes tous bien assis dans nos sièges. Les agents de bord sécurisent les bagages, vérifient les ceintures, s’assurent que tous les dossiers sont relevés. Curieusement, leur empressement habituel n’est pas au rendez-vous. Avec le sourire, ils discutent allègrement avec les passagers. L’avion ne bouge pas. Soudain, l’idée du vendredi 13 revient me hanter. La faim me donne la nausée. Ma patience s’amenuise par la seconde.
Soudain, le commandant de bord prend la parole.
— Bonjour. Nous éprouvons un problème de dégivrage. Un bidule ne fonctionne pas et un tuyau restera gelé au cours du vol.
Oh ! Oh ! Ce n’est pas bon ça ! Que je me dis. Quel tuyau ? Vendredi 13 ?
— En résultat, poursuit le commandant, il faudrait condamner quelques toilettes durant le vol…
Les toilettes ! Ben voyons donc ! L’avion est plein ! Un vol de près de sept heures !
— Bon, termine le commandant, nous essayons de changer la pièce défectueuse. Ça prendra une vingtaine de minutes. Merci de votre patience.
Ben oui. Je commence à regretter de ne pas avoir avalé ce sandwich au poulet qui sentait si bon… Je pense que le pilote doit entendre le bruit de mon estomac… vendredi 13 ? Hein ? Plus jamais je ne rirai de la superstition…
20 h 45. Le capitaine nous informe des développements. Impossible de changer le bidule brisé pour le moment. Il faut changer d’avion.
Ai-je l’énergie nécessaire pour bouger ? Bon, allons-y. Rien ne sert de chialer, pour ne pas perdre ma précieuse énergie. Si je n’avais pas faim, je rirais aux éclats de la situation. Est-ce que je vous ai dit que l’avion était plein ? Ouais. Ça prend autant de temps pour vider l’habitacle que le remplir.
Dès 21 h 50, nous attendons encore l’embarquement. Nous devons rester debout parce que la salle d’attente ne contient pas assez de sièges pour accommoder tous les voyageurs. Puis, lentement, les gens entrent dans le ventre de ce monstre qui nous transportera vers Paris.
À notre plus grand bonheur, l’avion s’envole enfin à 22 h 10. J’ai envie de taper dans mes mains, mais j’ai peur de passer pour une enfant…
Est-ce que j’arriverai à manger quelque chose avant la fin de ce foutu vendredi 13 ? Pas certain… il me semble que la consigne de porter sa ceinture prend du temps à s’éteindre…



J’ai survécu ! 

Voyez l’image du lever de soleil par le hublot... c’était le 14 mars. 


PS J’ai tout de même reçu mon repas le 13 mars... sans encombre. 










Bon voyage…
Suzie Pelletier 








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