samedi 15 août 2015

Cher Postes Canada



Quand je suis née, mes parents te faisaient déjà confiance pour acheminer leur courrier et leurs paquets au bon endroit. Comme leurs parents et leurs grands-parents avant eux d’ailleurs. J’ai grandi et j’ai appris à faire de même. À te faire confiance. En 61 ans, mon existence entière, tu m’as aidé à communiquer des millions de fois avec ma famille, mes amis et mes contacts à travers le monde. Je t’en suis reconnaissante. Ton facteur, qu’il soit femme ou homme, noir ou blanc, âgé ou très jeune, a toujours reçu un sourire engageant de ma part. 

Bien sûr, depuis une quinzaine d’années, ta place dans ma vie quotidienne se réduit. Je m’adapte à l’univers numérique. Rapidité et facilité me séduisent. Sauver le coût des timbres aussi. Quand tu as parlé d’installer des boîtes postales communautaires dans mon quartier, j’ai d’abord réagi vivement. Pourquoi me faire ça ? 

Puis, tu as doublé le prix des timbres... ou presque. En répartie, j’ai augmenté l’utilisation du web. Notre relation s’effrite peu à peu, mais elle tient bon. J’ai fini par accepter tes choix. Je te fais toujours confiance pour acheminer à bon port mes lettres importantes et mes précieux paquets. Tu occupes encore une place importante dans ma vie et je t’ai toujours respecté. 

Alors, pourquoi agis-tu de façon aussi cavalière avec moi ? Tu m’as promis plusieurs fois par écrit, pour m’endormir probablement, que tu mettrais ma boîte postale à ma portée, dans un endroit sécuritaire... c’est-à-dire que ma vie ne serait jamais mise en danger en allant chercher mon courrier. 

Voilà ce que tu as fait ! 

Pour prendre mon courrier, j’aurai les pieds sur l’asphalte ! 

Mes genoux resteront à la proximité du parechoc des voitures qui passent régulièrement à côté de ce champ vague. 







Les chauffeurs fatigués d’une longue journée de travail prendront-ils les précautions nécessaires pour éviter de me blesser, pires, de me tuer ?  


Me verront-ils seulement à travers le foin qui pousse en friche ? 




Pourtant, tu sais comment faire. Regarde les boîtes postales communautaires que tu as installées pour mes voisins, il y a de cela vingt ans. Ils marchent sur un trottoir pour s’y rendre et placent leurs pieds sur une dalle de béton pour prendre le courrier. Les alentours sont dégagés, le pourtour herbeux bien tondu. Sécurité, mon ami. 



As-tu oublié ce que tu m’as promis? Pourquoi me traites-tu de cette façon ? 

Je pense sincèrement que dix ans d’un gouvernement qui se fout quotidiennement de la gueule des Canadiens t’auront rendu autoritaire et hautain. Insensible, même. Ça t’aura fait oublier que tu n’existerais pas sans les citoyens du pays. Tu t’es perdu en suivant de trop près le modèle de gestion absolutiste de tes patrons. Au détour, tu as oublié que la poste n’est pas une business, mais plutôt un service communautaire.

TU ES À MON SERVICE, NON PAS L’INVERSE ! AU MOINS RESPECTES-MOI !

Je t’ai suivi dans tes choix sans faire de vagues, sans sortir dans la rue. Tu réponds par cette insulte en menaçant ma sécurité.


Tu me déçois terriblement !


Suzie Pelletier

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