jeudi 20 août 2015

L'Irlande du Nord, une grande blessée



Il y a des coins du monde qui étonnent et qui bousculent notre manière d’aborder la vie. Je viens de retravailler un texte écrit à la suite d’un voyage en Irlande en 2004. Plus particulièrement en Irlande du Nord. Vous trouverez ci-après le lien pour lire le texte intégral que j’ai décidé de garder d’époque avec toutes les émotions ressenties. 


La relecture du texte en 2015 m’a laissé aussi perplexe que ce que j’ai vécu il y a 11 ans. J’avais été sidéré par la discrimination qu’on y faisait pour écraser les Irlandais catholiques en réduisant leurs chances à une vie meilleure en limitant leur accès aux études supérieures et en les contraignant dans des emplois de bas niveau. Malheureusement, mes lectures récentes me donnent l’impression que la situation ne s’est pas améliorée depuis. Dommage... 

Une scène vive se glisse dans ma tête et l’amertume revient pour bloquer ma gorge. Je m’adressais à une personne dans un bureau de touriste. Curieuse de mon accent très particulier, elle me demande d’où je venais. Quand je lui explique que je venais du Québec et que ma langue première était le français, la dame perd son sourire. Reculant d’un pas, levant le nez, elle me répond : « You're a catholic then... » (Donc, vous êtes catholique...). Estomaquée par le commentaire qui ne faisait aucun sens dans ma tête, je n’arrivais pas à répondre. Sans attendre, la dame me présente une carte un peu pâlie de la ville où elle encercle les quartiers catholiques de la ville. Comme si c’était la seule chose qui m’intéressait... ou qu’on voulait m’y restreindre. Même si j’avais voulu avoir des informations sur d’autres points d’intérêt, la dame avait tourné les talons et servait quelqu’un d’autre. 

Étonnant. Déstabilisant. La colère montait en moi. Notre visite s’est poursuivie et d’autres images de cette discrimination restaient visibles. Personne ne se retenait. L’attitude était aussi marquée que les mots prononcés. Une personne en file d’attente devant un centre d’emploi affirmait rageusement : « See these damned catholics ! » (voyez ces maudits catholiques). 

En 2004, je suis restée éberluée par ma visite. J’étais tombé sur une autre planète. Je ne comprenais pas. La doctrine catholique et celle des protestants sont pourtant si proches. Quand j’ai corrigé le texte en 2015, je n’avais qu’une idée en tête : les guerres religieuses en Afrique et au Moyen-Orient. Souvent, il s’agit de musulmans contre d’autres musulmans. En fait, tout est une question de domination, peu importe où on est dans le monde. Qu’il s’agisse de la couleur de la peau, de la langue qu’on parle, de la religion que l’on pratique. Qu’ils s’appellent Henry VIII, Hitler, Poutine ou Abou Hamza al-Mouhajer, ces leaders ne cherchent qu’à obtenir une domination totale sur la population. En Irlande du Nord, durant 400 ans, la domination portait un visage britannique et protestant. La domination d’un Roi, ou d’une reine, qui impose ses choix personnels à ses citoyens. 

Nous avons fait ce voyage en 2004, six ans après le cessez-le-feu qui a mis un terme à cette guerre interne. La situation restait encore douloureuse. La grogne contre les « terroristes catholiques » restait bien encrée et faisait encore du dommage. Onze années se sont passées depuis. De nouveaux adultes ont pris leur place dans cette société. D’autres sont nés après la fin de cette guerre. Est-ce qu’on a réparé les édifices qui portaient alors les blessures de la guerre ? A-t-on encore besoin des « murs de la paix », ces longues palissades qui divisent les quartiers catholiques des quartiers protestants ? J’ai lu qu’en 2009 on comptait 88 structures qu’on rebaptisait alors les « murs de la haine », deux fois plus qu’en 1998. Si elles sont encore visibles, on devrait les appeler les « murs de la honte ». Il faudra des générations pour changer tout ça. Un petit pas à la fois.



Cette colère qui empêche les deux communautés de devenir tout simplement des Irlandais du Nord provient directement de ce besoin de domination du roi Henri II qui a envahi l’Irlande en 1169. Pourquoi ? Simplement parce qu’il le pouvait.

Je vous invite à lire le texte complet sur ma page wattpad.com ainsi que tous autres qui s’y trouvent.


Suzie Pelletier
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