lundi 27 juin 2016

Une pause essentielle

Juin s’achève. L’été est arrivé. J’ai envie de laisser la chaleur du soleil pénétrer ma peau. J’ai envie de savourer mes arrangements floraux autour de ma maison. J’en envie de me reposer. J’ai envie de m’asseoir confortablement sur une chaise longue, à l’ombre, pour lire.





Puis, j’ai envie d’écrire et écrire encore.

Pourtant, j’ai publié mon dernier billet sur ce blogue le 7 mars 2016. Un arrêt de 82 jours ! Une interruption d’une longueur jamais atteinte auparavant. Même, quelques ébauches sont restées en latence, comme si l’énergie pour les terminer me manquait. Je n’avais rien ajouté sur mon compte wattpad.com depuis février 2016 ni sur le Huffington Post. Je minimisais mes présences sur le Facebook et le web.

Curieusement, je n’ai pas lu un seul roman au cours de cette période. Au fil de ma vie, un tel comportement s’est généralement avéré significatif. L’exigence d’une profonde introspection m’empêche de plonger dans une histoire inventée... Parfois, cette réaction dure quelques semaines, d’autres fois des mois. Elle représente un besoin viscéral de réfléchir, de changer les choses. Bizarre, direz-vous ? Peut-être. Mais j’ai toujours respecté cet état d’âme, le sachant essentiel pour mieux avancer. D’ailleurs, ma vie n’est-elle pas pimentée régulièrement de ces périodes intenses de mouvance ? Une suite de cycles d’environ cinq ans ? Il n’y a donc rien d’extraordinaire à ce que cette pause se présente maintenant dans ma carrière d’écrivain commencée en 2011.

La réaction de mes lecteurs fut étonnante. « Est-ce que tu es en panne d’idée ? » me demande-t-on. « Tu n’es pas malade, tout de même ! » insiste-t-on. Une baisse d’énergie peut-être ? « Ça doit être le fameux syndrome de la page blanche... » m’informe-t-on, avec précaution. Je n’ai aucun doute. Mon absence sur le net dérange. On s’ennuie de mes écrits qu’on dit vivants et colorés.

Sachez, chers amis, que l’écriture n’a pas complètement quitté ma vie au cours de cette période. Heureusement ! Sinon la folie me menacerait ! J’ai travaillé sur mes textes presque tous les jours. Mon recueil de nouvelles du Pays de la Terre perdue s’en va cette semaine à un comité de lecture avec quelques questions pour m’aider à les ajuster. Mon 7e roman avance bien. Les idées explosent dans ma tête.

Alors ? Comment expliquer cette période d’absence de la blogosphère ? De caractère plutôt zen, j’ai décidé de vivre jusqu’au bout cette pause imposée. J’ai laissé la réflexion pénétrer d’elle-même dans mon corps entier, sans la forcer. J’ai permis au questionnement de s’installer dans les plis de mon cerveau et aux réponses de se définir par elles-mêmes. J’ai compris que j’avais besoin de ce temps d’arrêt. La série « Le Pays de la Terre perdue » étant maintenant terminée, je devais recentrer le courant des choses, mesurer les activités importantes et essentielles, faire disparaître celles qui nuisent et m’éloigner des gens qui mangent mon énergie. Je devais changer ce qu'il est possible de changer et trouver le moyen de bien vivre avec ce que je ne peux pas changer ni faire disparaître de ma vie.

La question de ma présence dynamique sur la blogosphère restait suspendue dans le temps. Est-ce que je voulais continuer de produire ces écrits forts variés qui se retrouvent sur mon blogue La vie est belle 54 ? Qu’en est-il de mes récits de voyage répertoriés sur ma page Wattpad.com ainsi que mes billets sur le Huffington Post Québec ? Est-ce que, dorénavant, je voulais plutôt consacrer tous mes efforts à l’écriture plus organisée qui mène à la publication ? Celle du roman et de la nouvelle ? J’ai beaucoup réfléchi durant cette courte période. La créativité débridée, sans la rigueur habituellement associée au processus d’édition, allait me manquer si je décidais de l’abandonner. Par contre, je devais d’abord comprendre pourquoi ce silence de quelques mois s’était installé comme ça, un bon matin.

Quand j’ai commencé à rédiger la série « le Pays de la Terre perdue », il y a cinq ans, un rythme effréné s’est imposé. Il ne tenait pas compte du temps exigé par la gestion de cette nouvelle carrière d’écrivain qui a pris son envol au même moment. La saga comprend six tomes édités en trois ans, 3000 pages de textes, plus de 800 000 mots. Les voyages m'ont incitée à pondre une vingtaine de nouvelles. Au fil des mois, se sont ajoutés deux publications sur mon blogue par semaine, un récit sur wattpad.com par mois, quelques textes dans la revue La Pelleterie par année, le Huffington Post... Ouf ! Pourquoi trouvais-je étonnant que je ressentisse soudainement le besoin de me reposer ?

 Plus je deviens un personnage connu au Québec et ailleurs dans la francophonie, plus les tâches qui se tiennent en périphérie du métier d’écrivain s’imposent. Les heures de présences sur le net s’accumulent. Le nombre de séances de dédicaces augmente chaque année. Les occasions de rencontrer des communautés francophones hors Québec, en plus des Salons du livre au Québec, exigent des voyages de plusieurs jours : au moins cinquante mille kilomètres en cinq ans. Mes conférences deviennent de plus en plus populaires. Je tiens à vivre intensément chaque parcelle de cette vie stimulante.

L’essoufflement m’apparaissait évident. Une réflexion s’imposait. Après presque quatre mois de repos de blogueuse, je réalise que je m’ennuie terriblement de ce style littéraire quelque peu débridé. Il me permet d’explorer des avenues différentes d’analyse, d’étudier des sujets inhabituels. Pourquoi arrêterais-je d’utiliser une formule gagnante qui me stimulait beaucoup ?

Je laissais les évènements se présenter par eux-mêmes. L’heure des choix arrivait. Je le savais. Je devais établir mes priorités : Ma famille. Mes amis. Mon écriture. Les rencontres avec les lecteurs. Le dessin. La lecture. Les voyages. Mes jardins. Le reste devait disparaître de ma vie ou, du moins, je devais en réduire leur importance.


Une fois l’ordre restauré dans ma tête, je me demandais quand le goût de bloguer allait revenir. Puis, l’appel de la Fédération québécoise du loisir littéraire me secoua. Il me remplit d’énergie. On m’informa que j’avais remporté le prix du Passeur pour le meilleur livre présenté en 2015-2016. « Le Retour », le tome 5 de la série de la Terre perdue venait de gagner un prix ! Je jubilais ! Très tôt, mes arrangements de voyage furent prêts et je me suis rendue à Rimouski pour recevoir ce prix des mains de la coprésidente Diane Robert. Cette dernière a traduit la décision du jury de cette façon :

« Pour la qualité littéraire et le travail de recherche sur les techniques de survie, pour le suspens présent et l’originalité surprenante de l’histoire, pour la clarté de l’écriture qui est bien menée entre le passé et le présent, parce que l’ensemble de l’œuvre décrit bien la force de l’être humain dans cette lutte pour survivre, la Fédération québécoise du loisir littéraire est fière de décerner le PRIX LE PASSEUR 2015-2016 à Suzie Pelletier pour le cinquième tome de la série Le Pays de la Terre perdue qui s’intitule Le retour. »

C’était le coup de pied dont j’avais besoin ! 
Ou plutôt, le coup de pouce... 

photo de Denis Fortin

Bien sûr, la pause m’a fait du bien ! Mais là, les mots brûlent mon cerveau ! Je reprends le fil avec enthousiasme ! La semaine dernière, j’ai terminé une nouvelle afin de participer à un concours. Le 26 juin, j’ai déposé un texte sur Wattpad.com. Une idée de billet sur le Huffington post trotte dans ma tête. J’ai au moins quatre publications à compléter sur mon blogue.


En prime, le prix comprend une liseuse Kobo et 100 $ pour le remplir. J’ai lu deux livres en quelques jours.

Ç y est ! La lecture est revenue dans ma vie. Ma pause d’introspection existentielle est terminée ! Place à l’écriture ! Le blogue ! Wattpad.com ! Le Huffington Post ! Un roman ! Un recueil de nouvelles ! Et quoi encore ! Pour écrire, je me servirai de ce que la vie garrochera sur mon chemin !

La vie est belle quand on s’amuse !


Suzie Pelletier
Merci d’encourager l’édition indépendante

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