mardi 24 janvier 2017

À quoi sert l'agrément pour l'éditeur ?

Voilà que ça recommence!
Ces temps-ci, à la suite de la création ma maison Les éditions du Défi, on me demande à répétition : «Pourquoi pars-tu ta propre maison d’édition? Tu es populaire maintenant, c’est certain qu’une maison agréée va t’aider!» Wow! «M’aider»? Vraiment? Quelle naïveté!

                                 Ça m’énerve!
Il y a quelques années, la question était plutôt : «Pourquoi ne cherches-tu pas une vraie maison d’édition? Tu sais, une qui serait agréée?» Les plus hardis ajoutaient : «J’imagine que personne ne veut tes livres et tu dois payer pour les publier…» Ça prend du caractère pour rester calme! Je croyais qu’après quatre ans, j’avais réussi à changer l’opinion générale sur le sujet, du moins, dans mon entourage. Je suis donc fort étonnée de voir que les gens continuent de penser que la seule méthode valable pour publier des livres passe par une maison d’édition agréée! 

                                          Je répète le message...
Pour la collection Le Pays de la Terre perdue, j’ai eu des offres. (Plusieurs, imaginez-vous donc!) mais je les ai refusées! Ouais! On m’offrait de publier le premier tome seulement. «Si ça marche, nous publierons peut-être les autres...», me disait-on sur un ton condescendant. Au comble de l’outrage, je devais céder mes droits d’auteur pour ce livre pour plusieurs années, le plus souvent à vie! Sans égard au fait qu’il y en avait cinq autres déjà écrits. J’ai choisi le chemin de l’édition indépendante. Mes six tomes de la collection, ainsi qu’un recueil de nouvelles, ont été publiés en quatre années. Au passage, j’ai obtenu le coaching dont j’avais besoin pour poursuivre mon apprentissage et avancer ma carrière d’écrivain.

Pour les durs d’oreille, je répète : j’ai CHOISI cette méthode qui convenait mieux à mes besoins. 
«L’obtention de l’agrément n’est pas une garantie de qualité!» Une fois que l’agrément a été accordé, le Ministère de la Culture et des Communications ne fait que rarement la vérification de la qualité du travail des éditeurs. De toute façon, je doute même qu’il mesure autre chose que le nombre de livres publiés quand il octroie la subvention. Mais bon! Je lis beaucoup et je peux confirmer que certaines maisons agréées produisent des livres de piètre qualité. Mais, à quoi sert l’agrément d’abord? Voilà la bonne question!
«L’agrément permet à son titulaire de se prévaloir des programmes d’aide financière administrés par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC).» C’est ce qui est écrit sur le site du Ministère. L’équation est claire:  Agrément = subventions. Voyez-vous une garantie de qualité dans ça? Moi non plus. 
Bien sûr, les gens ont l’esprit de contradiction très fort au Québec. Ainsi, la question suivante devient : «Alors, Suzie, t’es contre l’agrément? C’est ça?» 

                    Merde ! Pas moyen d’avancer avec une mentalité pareille!
Je suis d’avis que nous avons besoin de plusieurs moyens différents pour financer l’édition du livre. Obtenir l’agrément n’est que l’un d’eux. Il faut trouver ce qui nous convient. Je ne le répéterai jamais assez fort : l’auteur choisit ce qui lui convient. Pour le moment, je n’ai pas besoin de financer mes activités d’édition avec l’argent des contribuables. Un jour, si le développement de mon entreprise prend une tangente qui le requiert… et le justifie, je n’hésiterai pas à faire les efforts nécessaires pour l’obtenir.
 La dépense des fonds publics doit être bien évaluée et utilisée judicieusement. Quand une entreprise vit une croissance normale, elle ne devrait pas bénéficier de subventions gouvernementales. C’est le cas de ma maison d’édition. C’est aussi le cas de plusieurs maisons d’édition agréées du Québec, mais bon, c’est une autre question… Pour moi, il n’est pas logique qu’une entreprise considère les subventions (argent des contribuables) comme une source de revenus. On devrait plutôt être très fier de ne pas en avoir besoin...
Comment se fait-il que le Ministère ne parle pas des autres modèles d’édition? Ça aussi c’est une bonne question !  Ce qui est mesuré existe. J’appelle ça le principe «Madeleine de Verchères». Si cette dame n’avait pas fait de réclamation contre la couronne pour se faire rembourser les dégâts causés par l’attaque des Iroquois, personne ne saurait qu’elle a existé. On raconte son aventure, ses dires en fait, dans nos livres d’histoire parce que le gouvernement de l’époque a évalué sa demande et consigné son récit dans un registre qu’on peut encore consulter. 
 Ça n’a pas changé, malgré les siècles passés. Ce qui est noté et mesuré par le gouvernement devient officiel. Le reste n’existe pas! L’obtention de l’agrément apparaît dans les registres du Ministère pour référence future tout comme les demandes de subventions; on note ce que ces entreprises font (en nombre et non pas en qualité), pour justifier la dépense de fonds publics, et on place ces données dans des rapports statistiques. 

Et les autres éditeurs qui se débrouillent par eux-mêmes sans utiliser l’argent des contribuables ?  Ne demandant pas d’argent, ils passent sous le radar. Le ministère ne sait pas qu’ils existent, ou plutôt, il refuse de reconnaître la place de plus en plus importante que ces éditeurs indépendants prennent dans l’univers du livre au Québec. Certains des fonctionnaires poussent même l’odieux jusqu’à traiter leurs auteurs de gratte-papier ! Un bel exemple de discrimination systémique, dirais-je...
Comme le ministère ne les reconnaît pas, les autres organisations subventionnées par le ministère les discriminent aussi. L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) me considère toujours comme un membre associé (ni adhérent ni titulaire), comme si je n’avais rien publié, malgré mes sept livres très populaires. Également, les maisons d’édition agréées (sujettes aux subventions) ont priorité pour obtenir un stand dans les Salons du livre du Québec. Aussi, les libraires agréés, subventionnés, boudent nos livres, supposément parce que nous ne sommes pas connus.

                                            Heureusement...
Heureusement, le lecteur québécois agit avec plus de sagesse, sans discrimination. Il achète le livre selon ses intérêts, peu importe que la maison d’édition soit agréée ou pas! Le lecteur lira plutôt quelques pages pour vérifier par lui-même la qualité de l’œuvre. Il discutera avec l’auteur par curiosité. Il fera son choix selon ses goûts.
Bon magasinage!


2 commentaires:

  1. Bon article Suzie. J'en suis venue moi aussi à me ranger du meme coté que le tien, concernant les maisons d'éditions agréées, versus indépendantes. Depuis 1 an, je peux constater certains faits à ce sujet, et j'ai pu voir la réalité des éditions agréées qui publient sans égard pour la qualité et sans égard non plus pour l'auteur.
    Récemment, l'uneq m'a boudée parce que j'ai publié avec une édition indépendante, alors que j'espérais appliquer pour une bourse d'écriture de 3000$. On m'a répondu que je n'étais pas élligible parce que ma maison d'édition n'est pas reconnue...
    À ce point, je vais repenser à ma prochaine contribution annuelle pour cet organisme.

    Des déceptions! Toutefois, je n'ai jamais eu de regret d'avoir publié, grace à toi, avec une édition indépendante. Quelle belle expérience!

    RépondreSupprimer
  2. Merci France. C'est pour ça que je raconte cette histoire. Je sais que je ne suis pas la seule à vivre cette discrimination.

    Pour les bourses, l'UNEQ applique les critères qui sont déterminées par le ministère ou d'autres organisations qui font parti de l'establishment. Par contre, la cotisation vaut la peine pour tous les autres services qu'ils offrent (représentation, formation et autres).

    RépondreSupprimer