mardi 9 juillet 2013

Voyage 2013 - 8 juillet - Lac Mégantic

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Voyage 2013 - 8 juillet - Lac Mégantic
De Zurich - entre deux avions

Source : Suzie Pelletier

Alors que les minutes s’égrènent et que l’heure de notre départ approche, je ne peux sortir de ma tête le drame qui se vit à Lac-Mégantic. L’avion de Swiss Air s’avance vers la piste de décollage pour nous amener vers l'aventure; je réalise que les gens de cette ville des Cantons de l’Est ne peuvent s’évader ainsi, loin de cette pénible catastrophe. 

Quand je reviendrai au pays, on saura, peut-être, combien de personnes ont véritablement péri dans l’enfer du feu causé par une explosion, que dis-je, de plusieurs explosions d’un train commercial qui transportait du pétrole brut. La télé n’en parlera plus, passant à autre chose ; parce que la vie continue. Mais les familles devront attendre plusieurs semaines avant de savoir lequel d’entre eux est un père, un frère, une sœur, une mère, un enfant, un ami. 

Originaire de l’Estrie, j’ai déjà marché le long de cette rue Frontenac, là où la moitié du centre-ville a disparu avec, tout probablement, les 50 personnes présumées mortes dans l’incendie. Quand je le reverrai, les marques de l’apocalypse auront disparu, le chaos aura été maîtrisé, mais la ville ne sera plus jamais la même, altérée fondamentalement par le sinistre malheur.

Alors que notre avion s’envole vers l’Europe, je me suis demandé ce que je pouvais faire pour donner mon soutien à ceux qui survivent dans le désarroi avec, comme seule expectative, la confirmation de la mort d’un proche, d’un ami, d’un collègue, d’un voisin. Devrait-on annuler notre voyage ? Par solidarité pour ces gens que nous ne connaissions pas il y a quelques jours, mais qui sont devenus nos voisins, le temps de la catastrophe. Non bien sûr. 


source : radio-canada

Par ces évènements que la nature, une technologie imparfaite ou l’erreur humaine nous fait vivre, nous apprenons sournoisement que l’humain est fragile, que notre vie peut être soufflée en un instant sans qu’on puisse y faire quoi que ce soit. Pour honorer ces personnes qui sont de toute évidence mortes, nous devons, chacun d’entre nous, vivre notre propre vie du mieux que l’on peut, avec intensité, honneur et intégrité. 

Quand on voyage de par le monde, il arrive très souvent que nous soyons témoins de drame sociaux et, en tant qu’étranger, on se sent impuissants. L’idée douloureuse, celle de ne pouvoir rien faire, ne rien changer, nous suit longtemps après l’évènement. Nous vivons des émotions contradictoires ; la joie et le bonheur que ce ne soit pas nous ; la honte de se sentir soulager. Le syndrome du survivant... celui d’avoir du remords d’être en vie. Cette fois, le drame qui nous suivra, jour après jour, vient de chez moi. Je porterai dans mon cœur tous ces gens qui vivent dans l’attente que leur vie reprenne un semblant d’humanité.  

L’humain a ceci de particulier qu’il résiste à tout. Sa résilience est légendaire. Inventif, il s’adapte, reconstruit ce qui a été détruit. La communauté de Lac-Mégantic se relèvera du drame ; on pleurera ses morts, rebâtira les bâtiments écroulés et se redonnera le droit à la vie et à la joie. Entretemps, les gens de cette ville démontrent un grand courage face à l’adversité. Bravo !

Quant à nous, nous poursuivrons notre route vers l'aventure tout en continuant de suivre la situation de Lac-Mégantic à distance, via l'internet. 

Plume/Suzie Pelletier



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