mardi 13 mai 2014

Gaspésie — La longue randonnée des crêtes

Parc de la Gaspésie — août 2000
Il y a quelques jours, j’ai déposé un nouveau texte sur mon site wattpad.com. Encore une fois, ce récit de voyage a été composé à partir de notes personnelles prises lors d’une expédition dans le parc de la Gaspésie en 2000. Cette randonnée visait à nous faire parcourir un peu plus de 50 km en cinq jours, sur des sentiers de montagnes entre le mont Logan et le lac Cascapedia. Révisé ce texte avant de le déposer sur wattpad.com, m’a transporté en arrière de quelques années. Assise en face de mon écran, mes sens m’ont rappelé les odeurs, le son du vent à mes oreilles, la poussière de la route et la chaleur du soleil… il m’a aussi fait revoir tous les sacrifices que j’ai dû faire pour continuer à profiter de ce sport très longtemps.  

Ce récit d’une vingtaine de pages (treize pages sur Wattpad.com) compte plus de 8500 mots. S’il est inapproprié de le déposer en entier sur mon blogue, la présente publication vise à attiser votre intérêt. Ainsi, je vous laisse ici quelques bribes pour vous mettre un peu en appétit. Vous trouverez le texte complet à l’adresse web suivante : 


D’abord, le récit nous place dans l’intrigue de la randonnée au cœur du parc de la Gaspésie renommé pour nous offrir une mer de montagnes. 
Les faîtes sont visibles par beau temps, du moins leurs cimes les plus hautes, de la route 132 entre Cap-Chat et Sainte-Anne-des-Monts. L’immensité des falaises abruptes, juchées jusqu’à 900 mètres d’altitude et auxquelles s’accrochent souvent les nuages blancs ou gris, est également ce qui frappe les touristes dès leur entrée dans le parc de la Gaspésie. Ces parois allongées ont incité les Indiens à appeler ce lieu presque magique « chic choc », ce qui signifie dans leur langue « des parois infranchissables ».  
Il n’existe, pour les visiter, que quelques routes coupe-feu fort malcommodes. Il faut donc chercher dans nos cœurs téméraires, ce tissu de nos ancêtres, ces coureurs de bois rebelles, pour accepter de les parcourir à pied. Nous nous sentions d’attaque pour affronter la douleur musculaire tout comme les moustiques qui persistaient, malgré la fin de la saison, à harceler les animaux comme les randonneurs humains.

L’expérience comprend une balade en automobile, ce qui nous permet de commencer notre expédition en haut du mont Logan plutôt que de prendre 10 jours pour faire l’aller-retour. Disons que l’épreuve est inoubliable... 

Je me laisse envahir par l’aventure qui nous attend. J’ai hâte d’arriver et de pouvoir marcher dans les sentiers. Je voudrais ouvrir la fenêtre pour respirer l’air frais, mais je réalise qu’il serait empreint de la poussière qui décolle presque en plaquettes au passage du véhicule. La chaleur dans l’habitacle s’intensifie au fur et à mesure qu’on s’enfonce dans la forêt… bien sûr, la voiture date d’avant l’invention de l’air climatisée… juste pour compliquer notre inconfort, le chauffeur nous informe que le circuit d’un peu plus de 27 km sur une route de montagnes à peine carrossable prendra un peu plus de quatre heures...
[...]
Malgré les vitres poussiéreuses, j’admire l’habitat rendu féerique par cette brume qui ne finit pas de lever. Une sorte de ouate translucide s’étant sur cette zone boisée très dense où feuillus et conifères se côtoient. Le moteur de notre engin de transport ne m’empêche pas de trouver les nombreuses rivières qui serpentent le long des vallées profondes. 
Soudain, le chauffeur arrête l’auto tout près d’un petit ponceau qui a plutôt l’air chambranlant. Il nous demande de traverser le pont à pied, car ce dernier ne supporterait pas le poids de la voiture, des bagages et des passagers en même temps. Quand il voit le doute s’imprimer sur nos visages, il ajoute tout bonnement : « cinq personnes en moins dans la voiture me permettront de passer sur le pont en toute sécurité. » Pensait-il vraiment que cette phrase allait nous rassurer ?

Puis, afin de dépoussiérer nos vêtements autant que notre gosier, nous avons marché jusqu’au sommet de Logan, à 3,3 km du lieu où le guide nous a déposés. Nous étions rendus au pays des cervidés... Quelle contrée magnifique ! 

En route, dans une clairière juste à côté de nous, nous apercevons un troupeau de caribous qui broutent. Les cervidés sont à moins de cent mètres de nous et nos imperméables rouges les intriguent. Ces animaux n’ont pas une très bonne vision, mais ils sont attirés par les couleurs vives. Comme nous les savons aussi peureux que curieux, nous cessons immédiatement de bouger, de respirer même. Un peu incrédules, mais ébahis par la scène, nous regardons le grand mâle nous faire une petite danse d’avant en arrière tout en avançant lentement vers ces objets écarlates que ses yeux perçoivent au travers la brume. Pour nous aider, le cervidé a le vent dans le dos, alors il ne peut détecter la présence d’être humain, ce qui le ferait détaler à toute allure.
  
La bête s’approche à moins de cinq mètres de moi. Il est très gros et je crains un peu qu’il me frappe de son panache, ce qui provoque un léger mouvement de recul fort involontaire. Trop tard ! Le caribou se sauve à toute vitesse en direction opposée. Les femelles et les petits le suivirent de près. Je suis si déçue… Aujourd’hui encore, je me demande lequel de nous deux, de l’animal ou de moi, a eu le plus peur… 

Ces expéditions nous présentent aussi des leçons plus douloureuses qu’on aimerait... ce fut très pénible. 

J’ai mis plus de deux heures pour monter cette pente à 18 % en moyenne et atteindre la cime; plus d’une fois, j’ai pensé à rebrousser chemin pour retourner au Huard. Ce matin-là, j’ai appris à mes dépens l’importance de laisser à la maison les objets « de confort », mais totalement inutile en montagne : la grosse tasse de café, la deuxième paire de souliers, l’excédent de vêtements et le chaudron qu’on apporte « au cas où » ? Mon sac à dos pesait plus de trente livres et je peinais misérablement pour traîner le poids supplémentaire.

Il y a ces rencontres inattendues... 

Une fois que nos âmes se furent gavées de toute cette énergie qui monte de la nature, nous sommes redescendus de l’autre côté de la montagne sur environ un kilomètre, pour atteindre le bord d’une mare d’eau tranquille où une surprise nous attendait. Un gros orignal broutait au milieu de l’étang, à moins de 10 m de nous. Confiant qu’aucun prédateur ne pouvait s’attaquer à lui, il n’était absolument pas farouche. Il levait à peine sa tête majestueuse, par curiosité, lorsque nous faisions du bruit. Nous avons décidé de nous arrêter à cet endroit pour mieux l’observer. Nous en avons profité pour nous débarrasser de nos sacs et de nos bottes pour quelques minutes afin de soulager nos épaules et retrouver un peu d’énergie. Bien sûr, nous avons épié ce magnifique cervidé et pris quelques photos. Comme ces moments ne durent jamais très longtemps, nous enfilons nos chaussures et nous plaçons nos sacs sur notre dos. Il nous fallait entreprendre la grimpée du mont Blizzard qui longe également les crêtes. Quelques kilomètres plus loin, nous avons atteint le Mésange où les autres étaient déjà en train de relaxer.

Et le retour à la civilisation....

À sept kilomètres au nord-ouest du refuge le Mésange, nous arrivons au Pic du Brûlé, un endroit que nous connaissons bien. En effet, nous venons d’atteindre le point central du sentier « les crêtes », offrant une randonnée de quelques heures que nous avons accomplie l’année précédente. L’achalandage des visiteurs, une cinquantaine, dérange nos cœurs de nomade. Depuis des jours que nous marchons en montagne, nous n’avons rencontré en tout que 12 personnes, incluant le chauffeur. Nous avons l’impression de débarquer sur une autre planète… ou d’arriver d’une galaxie loin de chez nous... Les enfants courent partout; ils nous garrochent des questions pour lesquelles ils n’attendent pas les réponses avant d’en poser une deuxième puis une troisième. Plusieurs groupes sont sur le pic, bien installés pour une pause afin de déguster un repas généralement composé de sandwichs frais et de légumes appétissants. Cela nous donne l’eau à la bouche ! Cherchant à retrouver notre solitude, nous prenons nos aises un peu à l’écart pour avaler un dîner comprenant des noix, de fruits séchés et de pain pita. Hum ! Je commence à être tannée de ce régime ! Je mangerais bien un steak accompagné de frites et de pain moelleux… un jour bientôt…
[...]
À côté de la construction moderne qui camouflait les salles d’eau, un couple s’affairait à replier leur matériel pour le remettre dans le coffre de leur voiture. Leurs cheveux mouillés étaient une indication claire qu’ils venaient de se laver. Puis la femme a levé la tête et a sniffé l’air. Elle a d’abord regardé son conjoint avec une drôle d’expression sur son visage puis elle m’a aperçue. Comme j’avais le vent dans le dos… bref, j’avais besoin d’une bonne douche chaude; au moins vingt minutes juste pour enlever la poussière ainsi que l’odeur de l’huile à mouche à la citronnelle qui se mêlait à la crème solaire et la sueur. 

Pendant des années, la randonnée pédestre a pris tellement de place dans nos cœurs de montagnards que j’avais parfois l’impression de ne travailler cinq jours par semaine que pour m’adonner à ce sport. À la lecture complète de ce récit de voyage, vous constaterez pourquoi j’aime tellement ça me retrouver en montagne. Si je suis une personne qui a besoin de son clan et de la société en général pour vivre pleinement, ces retours en nature me permettent de souffler et de mieux sentir la vie qui coule dans mes veines. 

Bonne lecture !

Plume/Suzie Pelletier

Merci d’encourager l’édition indépendante 

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